Transformer une culture projet ne repose pas sur un « coup de baguette magique », mais sur une évolution profonde des mentalités, des comportements et des modes de décision sur 12 à 18 mois.
J'ai envie de vous montrer comment passer d’une culture hiérarchique, lente et anxiogène à une culture projet mature, où les équipes sont autonomes, alignées sur une vision claire et capables d’apprendre vite grâce au droit à l’erreur.
Je vais vous détailler en 3 piliers clés :
À travers des exemples, des tableaux de maturité, une grille d’auto-diagnostic en 20 questions et un cas réel d’accompagnement, je vais vous proposer une stratégie pragmatique pour réduire le turn-over, fluidifier les projets et renforcer l’engagement durable des collaborateurs.
Réunions interminables sans décisions claires. Équipes silencieuses attendant directives. Projets qui s’enlisent dans validation hiérarchique. Turn-over élevé de talents frustrés par manque d’autonomie. Vous reconnaissez une de ces situations ?
Ces symptômes révèlent un défi plus profond que la simple adoption d’outils ou de méthodes. En effet, votre culture organisationnelle actuelle bride la dynamique de vos projets.
Pendant mes 15 années de coaching, j’ai observé une récurrence : les organisations confondent “mettre en place des projets” avec “créer une culture projet”. La première est technique. La seconde est organique, humaine, et requiert patience, leadership visible, et acceptation de l’inconfort du changement.
Selon David Autissier, expert français reconnu en conduite du changement, 67% des transformations organisationnelles échouent non pas par manque de compétences techniques, mais par insuffisance d’accompagnement culturel. La culture n’est pas un “nice-to-have” post-projet. C’est le fondement même de la réussite !
Dans cet article, nous explorerons :
À la fin, vous comprendrez ce qui distingue une transformation durable d’un effet de mode, et saurez quelles actions concrètes lancer dès cette semaine.
Au-delà de la méthode, une question de mentalité se pose rapidement
Une culture projet n’est pas :
Une culture projet est :
Dès 2012, Olivier Meier et Guillaume Schier définissaient la transformation culturelle comme “un processus de modification profonde et durable des croyances, normes et comportements collectifs au sein d’une organisation”. Cela prend du temps… Beaucoup de temps…
Aujourd’hui, leurs propos sont encore plus d’actualité.
Les deux cultures ne s’excluent pas. Une organisation mature peut cultiver les deux cultures selon contextes (projets stratégiques vs produits vivants).
| Aspect | Culture Projet | Culture Produit |
| Focus | Livraison objective défini (début/fin) | Évolution continue produit (pas de fin) |
| Horizon | Court-moyen terme (3-18 mois) | Long terme (années) |
| Équipes | Souvent temporaires, multi-compétences | Stables, spécialisées sur produit |
| Mesure succès | Atteinte objectifs projet (scope/délai/budget) | Valeur utilisateur livrée, adoption, impact business |
| Adaptation | Cadre projet défini, changements contrôlés | Pivots fréquents selon feedback marché |
Une culture se mesure avec différents indicateurs et se construit avec différentes étapes/niveaux.
Niveau 1 : Culture Hiérarchique (Immature)
Niveau 2 : Culture Collaborative (En Transition)
Niveau 3 : Culture Projet Mature (Cible)
Réalité : 85% des organisations françaises sont niveau 1 ou en transition vers niveau 2 (observation coaching 15 ans). Passer niveau 1→3 = 18-24 mois minimum.
L’accélération du changement organisationnel
Le contexte économique et technologique actuel impose une adaptation rapide :
Wioleta Kucharska, chercheuse en intelligence organisationnelle, démontre que les organisations avec forte “intelligence adaptative” (combinaison culture apprentissage + collaboration + connaissance) survivent 3x mieux aux disruptions. La culture projet est un pilier de cette intelligence adaptative.
On peut rapidement observer ces symptômes pour une société sans culture projet suffisamment mature :
| Symptôme | Estimation de coût (PME 200-500 pers) | Origine Culturelle |
| Turn-over talents clés | 150-300k€/an (recrutement + formation + perte productivité) | Frustration autonomie limitée, décisions lentes |
| Projets retardés/abandonnés | 200-500k€/an (investissement perdu) | Manque alignement, validation paralysante |
| Démotivation équipes | -25 à -40% productivité | Culture blâme, peur erreur, pas reconnaissance |
| Innovation freinée | Opportunités manquées (incalculable) | Pas espace expérimentation, hiérarchie bride créativité |
Estimation totale : 550k-1.3M€/an pour PME 200-500 pers (vs coût transformation culture : 50-150k€ sur 18 mois = ROI 4-8x).
David Autissier (2023) identifie 3 facteurs critiques succès transformation culturelle :
Suzy Canivenc (2022) avertit contre “l’effet de mode” (que je qualifierai de “Culte du cargo”) : organisations adoptant en surface (vocabulaire et outils) sans transformation profonde valeurs/comportements, créant cynisme collaborateurs (“encore une initiative qui passera”).
Comment se différencier ?
Entamer une transformation authentique, basées sur un leadership qui incarne un changement, un temps accordé par de sponsors forts et une célébration des apprentissages (pas uniquement des succès).
Afin de grimper rapidement dans les niveaux de maturité d’une culture projet, il vous faut respecter 3 piliers.
Bien souvent, votre Direction définit une vision floue (“être plus agile”, “innover”) et les équipes ne comprennent pas concrètement ce que ça change pour eux.
Solution : Il faut alors construire une vision déclinée en objectifs mesurables par niveau.
Déclinaison Vision → Objectifs Mesurables
| Niveau | Vision Générale | Objectif Mesurable | Indicateur | Échéance |
| Direction | “Devenir organisation apprenante adaptative” | +30% projets livrés dans délai vs N-1 | Taux respect délai projet | 18 mois |
| Managers | “Développer autonomie équipes” | 70% décisions opérationnelles prises niveau équipe (vs validation hiérarchique) | % décisions déléguées | 12 mois |
| Équipes | “Expérimenter et apprendre rapidement” | 1 rétrospective projet/mois avec amélioration documentée | Nombre rétrospectives + actions appliquées | 6 mois |
| Individus | “Contribuer au-delà de mon périmètre” | Participation 2+ projets transverses/an | Nombre contributions inter-équipes | 12 mois |
Stratégie clé : Les objectifs doivent être SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporels) et alignés en cascade (Direction → Managers → Equipes → Individus).
Erreur fréquente à éviter : Non seulement cette vision respecte doit être claire mais elle ne doit pas rester figée et jamais rediscutée.
Solution : Il faut créer des rituels trimestriels de révision de vision avec feedbacks terrain que vous serez allés chercher auprès manager, lesquels le feront de même en cascade, comme pour la déclinaisons des objectifs SMART.
L’autonomie ne doit pas impliquer l’anarchie. En effet, les équipes doivent disposer d’un certain cadre de travail et d’évolution, sans quoi les groupes deviennent des cellules autonome et la société se retrouve totalement éclatée.
Autonomie cadrée
Les équipes doivent donc décider comment travailler (méthodes, organisation, outils) dans un cadre défini (objectifs, budget, contraintes).
Préconisation du cadre de délégation et décision à utiliser :
| Type Décision | Qui Décide ? | Validation ? | Exemples |
| Niveau 1 : Opérationnel | Équipe autonome | Information a posteriori | organisation de fonctionnement sur une journée, une semaine. |
| Niveau 2 : Tactique | Équipe propose, Manager valide | Dialogue avant décision | Recrutement membre équipe, budget formation, priorisation fonctionnalités produit |
| Niveau 3 : Stratégique | Direction décide | Consultation équipes | Pivot produit majeur, réorganisation structure, investissements > somme considérée comme importante pour une direction, un département, la société. |
D’expérience, nous pourrons dire que 60% des décisions sont niveau 1 (“devraient être autonomes”), 30% de niveau 2 (“dialogue”), 10% de niveau 3 (“direction”).
Le problème observé est que les organisations immatures font valider les niveau 1 et 2 par hiérarchie ce qui implique une paralysie décisionnelle et de la frustration équipes.
Je vous présente un des paradoxes français :
Une culture de l’apprentissage authentique nécessite 3 éléments importants :
Afin d’étayer ces propos, je peux vous rapporter un cas réel d’accompagnement. Il s’agit d’une PME de textile qui a commencé à avoir un certain succès et qui a commencé à ne plus pouvoir grandir. En effet, il leur a fallu recruter et l’organisation, la vision et la cohésion ne suivaient plus.
La réactivité était en berne, le management se réfugiait dans des anciennes technique de management féodal et la direction ternissait son image auprès de ses clients et ses salariés.
Le fait d’avoir mis en place les 2 premiers piliers (Rétrospective et Célébration) a permis à la société de se recentrer autour d’un cadre sécurisé, d’embarquer les nouveaux salariés autour d’une “façon de faire” suffisamment adaptable pour permettre à la société de croitre et de fidéliser les anciens salariés, qui étaient en recherche de repère et commençaient à fuir. Il aura fallu travailler pendant les 3 premiers mois sur l’acceptation et la mise en place. Le chemin ne fut pas aisé mais dès l’instant où chacun y a trouvé son intérêt et a pu partager un objectif compris et accepté, alors la suite s’est enclenchée.
L’idée n’est pas de vous vendre un storytelling parfait mais de vous faire comprendre l’intervention d’un coach que je suis, du fait que la recette ne soit pas magique et que gérer des implications humaines ne doit pas être pris à la légère (vous vous rappelez de ce que je disais sur la culture ?…).
Pour chaque affirmation, choisissez une note de 1 (Jamais) à 5 (Toujours), puis cliquez sur « Calculer mon résultat ».
Oui, transformer une culture organisationnelle vers une dynamique projet performante n’est pas un sprint, c’est un marathon de 12-18 mois minimum.
Sur le début vous pourriez constater de l’inconfort et des résistances mais beaucoup moins que si vous ne faisiez rien. Pourquoi ? Parce qu’en lançant votre transformation, vous avez la main et ne constaterez plus le désengagement, l’insécurité et l’échec établi de votre société.
Les organisations qui investissent sérieusement (diagnostic honnête, leadership visible, accompagnement structuré, patience) observent :
N’oubliez pas ces 6 éléments importants :