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Canevas d'atelier · Kaizen Suru

Qu'est-ce que votre équipe ne confiera pas à l'IA, même quand la machine saura le faire ?

En août 2026, Bill Gates a proposé de classer certains métiers en « Human Reserved », réservés aux humains par choix plutôt que par incapacité de la machine. Il reconnaît laisser la question ouverte, sans dire qui trace cette frontière ni sur quel critère.

Chez vous, elle se trace déjà chaque semaine sans que personne l'écrive. L'un fait relire ses mails à l'IA, l'autre lui confie ses comptes rendus, un troisième préfère s'en passer. Ce canevas ne prétend pas répondre à Gates. Il aide votre équipe à trancher ces choix pour elle-même. Remplissez-le ensemble, tâche par tâche, en une réunion.

Parmi les start-up que j'accompagne, l'une est très chargée en logistique. Son équipe a confié à un agent IA une bonne part du contrôle des actions humaines. En rétrospective, la question de ce qu'on pourrait lui confier en plus ou non permettait de mettre à jour cet accord.

  • 75 minutes de séance
  • 3 à 9 personnes
  • 8 zones à remplir
  • Libre et sans compte

Lisez l'article « Human Reserved, décider quels métiers restent humains », l'analyse de l'essai de Gates et du critère sur lequel tracer la frontière. Le déroulé de la séance se trouve sous le canevas.

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Notre accord de travail avec l’IA

Comment voulons-nous travailler avec l’IA ?

Une case, une idée. Nous choisissons ce qui nous aide, ce que nous protégeons et ce que nous testons.

Notre intention

1 Elle le fait seule

Ce qui tourne sans que nous relisions à chaque fois.

2 Elle le fait, nous relisons

Ce que nous lui confions et que quelqu’un relit avant que ça sorte.

3 Nous le faisons avec elle

Elle prépare et propose, nous réfléchissons et nous choisissons.

4 Nous le faisons entre nous

Ce que nous gardons, même le jour où elle saura le faire.

5 Elle ne fera jamais

Nos lignes rouges et nos contextes exclus.

6 Avant de dire oui

Plus l’erreur coûterait cher, plus nous vérifions.

7 Nous rendons clair

Ce qui doit être visible pour garder confiance.

8 Nous essayons

Notre prochain petit test, concret, regardé et réversible.

Animer la séance en 75 minutes

Une personne anime, tient le temps et fait préciser les formulations. Prévoyez des post-it et quatre cartes numérotées de 1 à 4 par participant, une par cran de l'échelle.

  1. Ouvrir, 5 min. Rappelez que la séance clarifie une façon de travailler sans adopter aucun outil. Écartez les cas confidentiels ou nominatifs.
  2. Nommer l'intention, 5 min. Le résultat que l'équipe cherche, avant de parler d'outil.
  3. Inventorier en silence, 10 min. Chacun écrit cinq à huit gestes de sa semaine que l'IA touche déjà ou pourrait toucher, un par post-it. Regroupez ensuite les doublons.
  4. Voter par cran, 17 min. Pour chaque geste, chacun choisit sa carte en silence, de 1 pour ce que l'IA fait seule à 4 pour ce que vous gardez entre vous, puis tout le monde la montre en même temps. Si les cartes sont identiques ou ne s'écartent que d'un cran, le geste va au cran le plus prudent, avec son relecteur en zone 2 ou son motif en zone 4. Il attend l'étape suivante si elles s'écartent de deux crans ou plus, ou si personne ne sait écrire pourquoi l'équipe le garde.
  5. Traiter les désaccords, 12 min. Les deux cartes extrêmes s'expliquent en premier. Pour un geste que certains veulent garder, demandez si l'IA ne sait pas le faire ou si vous ne voulez pas qu'elle le fasse. Sans accord après un second vote, écrivez les deux positions et la date où vous rouvrirez le sujet.
  6. Poser les lignes rouges, 5 min. Zone 5, avec pour chacune qui l'a posée, l'équipe ou une règle qui s'impose à elle.
  7. Régler vérification et transparence, 6 min. Zones 6 et 7. L'intensité de la vérification suit le coût d'une erreur.
  8. Borner un essai, 10 min. Zone 8, un usage précis avec la personne qui garde la main, un critère observable et un signal d'arrêt.
  9. Conclure, 5 min. Notez ce que vous voulez apprendre, puis la date de la prochaine revue avec le nom de qui la convoque. Exportez ou imprimez avant de fermer la page.

Un geste que l'IA ne sait pas encore faire n'a pas sa place en zone 4, puisque ce motif tombera avec la prochaine version de l'outil. Notez-le dans « Nous apprenons » ou faites-en le sujet de l'essai.

Les questions qui reviennent en atelier

D'où vient ce canevas ?

De mon travail avec des équipes autant que de l'essai que Bill Gates a publié le 26 août 2026. J'accompagne des équipes sur ce terrain depuis fin 2024, après avoir travaillé dès 2020 sur les robots logiciels, ancêtres des agents IA. Ce canevas est né avec une start-up. Je l'ai ensuite emmené dans deux autres start-up. Je l'ai aussi mis en regard de l'essai de Gates, comme une modeste contribution à la question qu'il pose.

Gates propose dans cet essai de classer certains métiers en « Human Reserved », réservés aux humains par choix plutôt que par incapacité de la machine, comme on classe une réserve naturelle où l'on pourrait très bien construire. Il s'adresse aux États et aux régulateurs. Il écrit lui-même ne pas avoir les réponses, à commencer par celle de savoir qui décide et selon quels critères.

Ce canevas reprend la question à l'échelle d'une équipe, où la frontière bouge toutes les semaines sans que personne l'ait décidée. L'analyse complète de son essai est dans l'article « Human Reserved, décider quels métiers restent humains ».

Ce canevas répond-il à la question posée par Bill Gates ?

Non. Gates pose aux États et aux régulateurs une question de politique publique qui porte sur les métiers qu'une société devrait réserver à des humains.

Ce canevas travaille à la marche du dessous, dans une équipe qui tranche chaque semaine la même question sur ses gestes de travail sans jamais la formuler. Le résultat n'engage que les personnes qui l'ont écrit et ne dit rien de ce qu'une société entière devrait décider.

Qu'est-ce qu'un accord d'équipe sur l'usage de l'IA ?

Une page écrite ensemble qui dit ce que l'équipe confie à l'IA, ce qu'elle relit avant de le laisser sortir, ce qu'elle fait avec elle et ce qu'elle garde entre humains. Elle porte aussi les lignes rouges, ce qui se vérifie, ce qui se dit ouvertement et un essai en cours. Elle n'a de valeur que si le motif est écrit en face de chaque ligne.

En quoi cela diffère-t-il d'une charte d'entreprise ?

Une charte descend, s'applique à tout le monde et traite surtout de conformité. Un accord d'équipe monte du terrain, ne vaut que pour les gens qui l'ont écrit et traite de la manière de travailler ensemble. Les deux se complètent. L'accord ne remplace aucune règle de sécurité, de données ou de conformité applicable à l'équipe.

À quels outils ce canevas ressemble-t-il ?

Il appartient à une famille d'outils que connaissent bien les équipes agiles. Le Delegation Poker et le Delegation Board de Jurgen Appelo, issus de Management 3.0, fixent pour chaque domaine de décision l'un de sept niveaux de délégation, du manager qui décide seul à l'équipe qui décide pleinement. Les niveaux d'automatisation publiés au MIT en 1978 par Thomas Sheridan et William Verplank décrivent en dix degrés le passage du contrôle humain complet à l'autonomie complète de la machine. Les accords d'équipe, ou working agreements, rassemblent les règles de fonctionnement qu'une équipe écrit elle-même et fait évoluer.

Je suis certifié Management 3.0 depuis 2024 et j'accompagne des équipes sur le Delegation Poker. Le déroulé de la séance lui emprunte son vote silencieux, chacun choisissant sa carte avant que toutes soient montrées en même temps.

Le canevas prolonge ces outils sur une question propre à l'IA. Sa quatrième zone fait écrire pourquoi un geste reste humain, en distinguant ce que la machine ne sait pas encore faire de ce que l'équipe choisit de garder, seul ce second motif tenant dans la durée. Sa cinquième zone demande qui a posé chaque limite, l'équipe elle-même ou une règle qui s'impose à elle.

Quelle est la case qui compte le plus ?

La quatrième, celle des tâches que vous voulez continuer à faire vous-mêmes. Écrire lesquelles ne suffit pas, elle demande aussi d'écrire pourquoi.

Prenez l'annonce d'une mauvaise nouvelle à un client. Si vous la gardez parce que l'IA la rédige mal, votre décision tombera le jour où elle la rédigera bien. Si vous la gardez parce que cette nouvelle doit venir d'une personne, aucune version de l'outil n'y changera rien.

La distinction est celle de Gates, réservé par choix plutôt que par incapacité, ramenée à un geste de votre semaine. Sans le « parce que », personne ne saura dans six mois lequel des deux vous aviez en tête, si bien que la frontière se défait toute seule.

Combien de temps faut-il pour le remplir ?

Comptez soixante-quinze minutes pour un premier état utilisable, avec un groupe de trois à neuf personnes qui travaillent réellement ensemble. Une version courte en quarante-cinq minutes tient si vous acceptez de ne traiter que l'échelle d'autonomie et l'essai.

Combien faut-il être ?

Trois au minimum, parce qu'à deux un désaccord devient un duel plutôt qu'un sujet d'équipe. Neuf au maximum autour de la même table, la taille connue d'une équipe. Au-delà de huit personnes, les travaux sur l'effort collectif montrent que chacun en fournit mesurablement moins, pendant qu'une poignée de voix prend l'essentiel du temps de parole.

La bonne réponse reste l'équipe qui appliquera l'accord, ni plus ni moins. Si elle dépasse neuf, travaillez les zones sensibles en sous-groupes de quatre à six avant de consolider, puis comptez une centaine de minutes plutôt que soixante-quinze.

Que faire si l'équipe n'est pas d'accord ?

Le désaccord est le moment utile de la séance. Un désaccord sur une case révèle que deux personnes croyaient partager un critère sans l'avoir jamais formulé. Écrivez les deux positions dans la case plutôt que de trancher à la majorité, puis fixez la date où vous rouvrirez le sujet.

Prévoyez d'y passer du temps. Remplir les huit cases va vite, la valeur de la séance tient aux deux ou trois cases où l'équipe découvre qu'elle ne pensait pas la même chose. Le vote silencieux les fait apparaître, puis le déroulé leur réserve une douzaine de minutes à part.

Faut-il fixer une date de revue ?

Oui. Fixez-la avant de vous quitter, pendant que tout le monde est encore dans la pièce.

Un accord qu'on ne rouvre jamais continue de décrire une équipe qui a changé, des outils qui ont changé et des tâches qui ont changé. Personne ne le voit venir, parce que rien ne signale qu'un accord est devenu faux. Inscrivez la date dans la dernière case, avec le nom de la personne qui convoquera la revue.

Les saisies sont-elles envoyées quelque part ?

Rien ne sort de votre navigateur. Aucun compte, aucun envoi, vos saisies s'exportent quand vous le décidez.

Rien n'est enregistré automatiquement, donc exportez vos saisies ou imprimez la page avant de la fermer.

Intéressé pour que je l'anime dans votre société ?

J'accompagne des équipes et des comités de direction sur cette conversation. L'inventaire des gestes, la formulation d'un critère qui tient, puis l'animation du désaccord qu'il fait apparaître. Parlons de votre contexte réel plutôt que d'un programme générique.

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Tous les outils Kaizen Suru, les outils libres du site classés selon ce que vous cherchez à régler.

Accord d'équipe avec l'IA, créé par Alexis Leroy, kaizensuru.com. Mis à disposition sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International. Vous pouvez l'utiliser, le copier, le modifier et le diffuser, y compris dans un cadre professionnel et commercial, à la seule condition de conserver la mention de son auteur et l'adresse du site.

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« Accord d'équipe avec l'IA », un outil Kaizen Suru conçu par Alexis Leroy, https://kaizensuru.com/accord-equipe-collaboration-ia/, licence CC BY 4.0